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As I Recall Si je me souviens bien

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Depuis maintenant près de quatre décennies, la question du statut du Québec au sein du Canada occupe une place importante à l’ordre du jour politique. Dans le cadre des discussions et des échanges auxquels cette question a donné lieu, il est souvent apparu que les protagonistes des deux communautés linguistiques entretenaient des visions divergentes, parfois radicalement opposées, d’un passé pourtant commun.

En effet, on entretient encore aujourd’hui, de part et d’autre de la frontière Québec-Canada, des souvenirs différents sur les rapports historiques entre les anglophones et les francophones. Les allusions aux torts causés dans le passé sont fréquentes dans le discours des nationalistes et des souverainistes québécois, et bon nombre de Québécois croient qu’ils n’ont pas été traités équitablement au cours de ces deux siècles de cohabitation. De leur côté, que ce soit à propos de la « conquête », de la reconnaissance du français sur le nouveau territoire britannique, de l’influence que les francophones et les Québécois ont exercée sur la scène politique fédérale ou des décisions rendues sur l’octroi de contrats gouvernementaux, les Canadiens du reste du pays concluent communément que le Québec a amplement bénéficié de son statut de colonie anglaise puis de province canadienne. En définitive, on comprend mal ses récriminations historiques et, dans tous les cas, on considère que les dommages -- si dommages il y a -- ont été compensés par des avantages autrement plus importants.

Bien que cette dualité historiographique ait pu, dans certains cas, donner naissance à des interprétations qui nous semblent aujourd’hui exagérées, voire erronées, nous croyons qu’elle ne peut être simplement écartée par le rappel des succès communs ou aisément contrecarrée par la mise en place d’un nouvel ordre symbolique. En regard du débat portant sur le statut du Québec au sein de la fédération canadienne, il importe d’admettre que ces interprétations divergentes alimentent l’incompréhension mutuelle et influencent les échanges entre les deux communautés. Nous sommes convaincus qu’une connaissance plus approfondie et une plus grande empathie faciliteraient la coexistence des deux communautés, quelle que soit par ailleurs la forme institutionnelle que prendra cette cohabitation.

C’est pourquoi l’IRPP s’est attaché à reconstituer les principales pièces de ce casse-tête en forme de mémoire inversée. L’acuité de ces souvenirs, leur persistance ainsi que leur fréquente utilisation dans le débat constitutionnel nous ont amenés à nous interroger sur cet aspect de notre dilemme existentiel. Si je me souviens bien / As I Recall est le fruit de cette recherche. La question de l’unité canadienne y est abordée sous un angle historique, à travers la reconstitution de 34 événements qui ont marqué, parfois durablement, les rapports politiques entre les deux communautés linguistiques, depuis l’arrivée des Britanniques en 1759 jusqu’au référendum québécois de 1995 sur la souveraineté- partenariat. Les événements présentés dans ce livre ne sont pas tous coulés dans le même moule, l’opposition entre les deux parties ayant été, selon le cas, plus ou moins forte, la mobilisation plus ou moins grande, et les conséquences finales plus ou moins profondes et durables. En outre, la ligne de clivage est mouvante, selon les époques et les événements évoqués, opposant tantôt les Canadiens aux autorités britanniques, tantôt les Canadiens français aux Canadiens anglais, tantôt le gouvernement fédéral au gouvernement du Québec ou, de manière plus générale, le Québec au reste du Canada. Ces épisodes témoignent, chacun à sa manière, du fait que les malentendus et les affrontements ne sont ni nouveaux, ni simples.

Toutefois, Si je me souviens bien / As I Recall n’est pas un manuel d’histoire du Canada, ni même du Québec; il s’agit tout au plus d’un ouvrage qui raconte des faits susceptibles de nous aider à mieux comprendre l’impasse constitutionnelle. L’originalité de ce travail vient de ce que chaque événement a été résumé selon le point de vue des francophones et celui des anglophones, lesquels sont présentés côte à côte sous les rubriques « Si je me souviens bien » et « As I Recall ». Chacun des six chapitres est introduit par deux éminents chercheurs, Guy Rocher et John Meisel. L’historien Arthur Silver a aussi collaboré à ce recueil.