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Entrevue exclusive avec le premier ministre Pour son premier entretien en tête-à-tête depuis son élection, le premier ministre Stephen Harper a reçu le 14 février le rédacteur en chef d’Options politiques L. Ian MacDonald dans son bureau de l’édifice Langevin. Tenue dans les deux langues officielles, la conversation a porté sur le type de chef d’État qu’il se proposait d’être de même que sur les relations fédérales-provinciales et canado-américaines « La main tendue » par Stephen Harper À Québec, le 19 décembre dernier, Stephen Harper a prononcé un discours sur le « fédéralisme ouvert » qui allait marquer un tournant décisif dans la campagne québécoise des conservateurs. Voici un extrait de ce qu’on appellera un jour le « discours de Québec ». « A very Canadian question of balance » par Robin V. Sears L’enjeu des dernières élections fédérales dépasse de beaucoup la simple désignation de celui qui a gagné (Stephen Harper), perdu (Paul Martin), raflé le prix de consolation (Jack Layton) et essuyé un revers (Gilles Duceppe). Les conservateurs ont su l’emporter en menant avec compétence une campagne efficace, en ramenant leur programme au centre et en « tendant la main » au Québec. Les libéraux ont perdu parce que l’incompétence de leur campagne a révélé l’incompétence générale de leur gouvernement. Les néo-démocrates ont obtenu sensiblement plus de suffrages et de sièges, le Bloc québécois ayant pour sa part régressé sur les deux plans. Notre collaborateur Robin Sears analyse une campagne dont le dénouement relève à ses yeux d’un jeu d’équilibre typiquement canadien. « How Harper forced a Conservative spring » par L. Ian MacDonald Les huit semaines de campagne sont venues infirmer plusieurs hypothèses. Les Canadiens ne voulaient pas d’élections en période des Fêtes, disait-on, mais peu leur importait finalement. Ils ne se déplaceraient pas en janvier pour exprimer leurs suffrages, mais la participation électorale est passée de 60 à 65 p. 100. Ils se désintéresseraient d’une campagne négative, mais ils se sont vu offrir des choix positifs entre libéraux et conservateurs. Ces derniers allaient s’effondrer comme en 2004, mais ce sont les libéraux qui se sont ridiculisés en menant l’une des pires campagnes de l’histoire récente. Stephen Harper, surtout, n’était qu’un acharné surfant sur une vague de scandales, mais il a plutôt défendu des idées qui ont assuré sa victoire. Enfin, les conservateurs ne feraient élire personne au Québec, où ils ont finalement obtenu dix sièges dont cinq des titulaires sont aujourd’hui ministres. Notre rédacteur en chef retrace le déroulement d’une campagne inattendue. « Une fenêtre pour le Canada » par André Pratte Le discours de Stephen Harper le 19 décembre a marqué un point tournant de la campagne électorale au Québec. Pourtant, écrit André Pratte, ce discours n’avait rien de si extraordinaire. Le succès qu’il aura connu semble indiquer qu’une fenêtre vient de s’ouvrir pour le fédéralisme. Mais, avertit Pratte, cette percée n’annonce pas le début de la fin de l’idéal souverainiste : « Ce rêve, noble et légitime, est ancré dans notre géographie, notre histoire, notre culture. » Dans ce contexte, il ne faudrait pas nourrir d’attentes démesurées, car celles-ci risquent d’être déçues. Les mythes par lesquels les Québécois évaluent le fonctionnement du fédéralisme canadien ont la peau dure et, au jeu des bilans, les réussites fédérales disparaissent souvent de la colonnes des actifs, de sorte que le bilan fédéral au Québec « ne compte souvent qu’un long passif remontant à la pendaison de Louis Riel ». Reste que l’incapacité de régler rapidement les problèmes concrets et immédiats mine également la crédibilité du fédéralisme, et c’est à ce niveau que le nouveau premier ministre peut agir, notamment en ce qui concerne le déséquilibre fiscal, conclut Pratte. « Hope trumps fear: trading places in Canada's 39th election » par Graham Fox et Nikita James Nanos Lors de cette campagne qui s’est conclue par l’élection du premier gouvernement conservateur depuis 1988, l’espoir a éclipsé la peur, la compétence a supplanté l’idéologie et les enjeux politiques ont primé sur les valeurs. C’est ce qu’affirment Graham Fox, du Forum des politiques publiques, et le spécialiste des sondages Nik Nanos, qui ont suivi de près, du début à la fin, la progression de la campagne. Les échantillonnages quotidiens de la maison CPAC-SES leur ont permis de prédire les résultats de chaque parti à un dixième de point de pourcentage près, soit avec une précision nettement supérieure à toute autre firme de sondage. Dans cette analyse incisive du scrutin, ils décrivent comment Stephen Harper s’est immunisé contre les attaques de ses adversaires en première moitié de campagne, pour progresser régulièrement au Québec en seconde moitié et réussir enfin cette percée historique : le retour en force des « bleus ». « Rebuilding the Mulroney coalition - welcome the 'New Harper Conservatives' » par Jaime Watt Au lendemain des élections, la firme de communications Navigator a réuni des groupes témoins d’électeurs conservateurs à Halifax, Québec, Toronto et Vancouver pour déterminer ce qui avait motivé leur choix et ce qu’ils attendent du nouveau gouvernement. Selon Jaime Watt, président de Navigator, la coalition Harper serait une reconstitution de l’ancienne coalition Mulroney de « bleus québécois », de conservateurs sociaux, de bleus « purs et durs » et de réformistes de l’Ouest. Sous la gouverne de Stephen Harper, les conservateurs d’aujourd’hui cultivent donc « des valeurs et des attentes très variées et sont très différents les uns des autres ». Mais tous attendent beaucoup du nouveau gouvernement, surtout en matière de responsabilisation et d’intégrité. « Les élections fédérales du 23 janvier 2006 : réalignement ou parenthèse ? » par Louis Balthazar Historique, la victoire conservatrice n’est pas spectaculaire pour autant, et le nouveau gouvernement n’aura pas la tâche facile, écrit Louis Balthazar qui, de Québec, analyse la campagne et propose quelques pistes de réflexion pour la suite des choses. Pour relever le défi, dit-il, Stephen Harper devra poursuivre 3 objectifs : se rapprocher du centre, à la manière de l’ancien parti progressiste-conservateur, au risque de s’aliéner ses partisans les plus à droite ; maintenir sa percée au Québec, en misant sur le fait que les Québécois sont, « dans une forte majorité », profondément fédéralistes ; et rebâtir la relation canadoaméricaine. Rien n’est joué d’avance, mais tout est possible, observe le politologue de l’Université Laval, car historiquement, « la diplomatie et le sens du compromis ont joué au niveau des relations canado-américaines aussi bien qu’au niveau des relations fédéralesprovinciales », et le nouveau premier ministre semble se rattacher à ce courant. « Replacing the pan-Canadian consensus » par Ray Pennings et Michael Van Pelt Les élections de 2006 pourraient annoncer un réalignement politique et marquer un tournant décisif par rapport au « consensus pancanadien » qui gouverne notre pays depuis les années 1960. Ray Pennings et Michael Van Pelt, de la Work Research Foundation, croient que les libéraux devraient profiter de leur séjour dans l’opposition pour renouveler leur électorat, et qu’ils feraient une erreur en supposant qu’un nouveau chef suffira à les ramener au pouvoir. Ils formulent une deuxième théorie selon laquelle le retour des conservateurs au rang d’option nationale signifie qu’il faudra désormais compter avec deux courants politiques dominants. Leur troisième théorie, qui est aussi la plus intéressante, propose de « revisiter l’idée même de consensus national et des "valeurs canadiennes" pour nous demander s’il existe vraiment une orientation homogène, qu’elle soit marquée à droite ou à gauche, indiquant clairement la façon de gouverner ». « The 2006 election - seven reasons to cheer » par Andrew Cohen Andrew Cohen, auteur et journaliste, énumère sept raisons de se réjouir du résultat des élections. Premièrement, les conservateurs ont gagné. Deuxièmement, les libéraux ont perdu. Troisièmement, nous avons élu un gouvernement minoritaire. Quatrièmement, l’Ouest est de retour. Cinquièmement, les conservateurs ont fait bonne figure au Québec. Sixièmement, le Bloc québécois a perdu des plumes. Enfin, la démocratie sort gagnante de l’exercice. « Cela annonce quoi, au juste ? s’interroge l’auteur. Soit une renaissance conservatrice, soit un réalignement des politiques nationales, soit un interrègne conservateur », répond-il. « Je me souviens: the Quebec campaign, 2006 » par Graham Fraser Depuis trente ans qu’il observe la vie politique du Québec, Graham Fraser a noté que, malgré les clivages que suscite la question de la souveraineté, les Québécois ont soif de réconciliation, tant au sein de la famille immédiate de cette province que de la famille élargie du Canada. Depuis l’échec de l’Accord du lac Meech en 1990, un certain sentiment de rejet a incité de nombreux fédéralistes déçus et nationalistes modérés à se tourner vers le Bloc québécois. Mais voici que l’homme de Calgary, Stephen Harper, a parlé de « main tendue » au Québec lors de la dernière campagne électorale. Son discours sur le « fédéralisme ouvert » prononcé le 19 décembre à Québec a été aussi marquant que celui du mois d’août 1984, prononcé à Sept-Îles par Brian Mulroney. L’auteur se fait l’écho de l’histoire récente pour expliquer la percée des conservateurs au Québec. « Harper can satisfy Quebec » par Éric Montpetit [sommaire non disponible] « Inside the poll story - who got it right, who got it wrong, and why? » par Bea Vongdouangchanh et Kady O'Malley Les partis n’étaient pas seuls à miser gros au soir des élections. Dans le milieu farouchement compétitif de la recherche sur l’opinion publique, les maisons de sondage avaient aussi leur réputation à défendre. Et la maison SES Research l’a emporté haut la main, son ultime sondage du 22 janvier pour la CPAC prévoyant à un dixième de pourcentage près le résultat de chacun des quatre partis. Les grands perdants, Strategic Counsel et Ipsos-Reid, ont tous deux raté la légère remontée à 30 p. 100 des libéraux dans les quatre jours précédant le scrutin. En dernière semaine, un sondage de Strategic Counsel pour le Globe and Mail et CTV donnait les conservateurs en avance à 42 p. 100 contre 24 pour les libéraux, le jour même où CPAC-SES ramenait l’écart à 36 contre 30. Nous avons demandé à Bea Vondouangchanh et Kady O’Malley de creuser la question dans la foulée de leur bilan des élections paru dans le journal Hill Times d’Ottawa. Sur cet écart entre les deux sondages, elles ont appris que le Globe and Mail avait interrogé Nik Nanos, de la maison SES, sans rien publier de l’entretien. Intrigant... « Just when you thought it was out, policy is pulled back in » par Blake Andrew, Antonia Maioni et Stuart Soroka Comme ils l’avaient fait pour la campagne électorale fédérale de 2004, Blake Andrew, Antonia Maioni et Stuart Soroka de l’Observatoire des médias et des politiques publiques de l’Université McGill ont examiné comment sept grands journaux du pays ont couvert la campagne de 2006. Après une analyse fondée sur des facteurs comme la cible des articles, leur ton, l’exclusivité des faits rapportés et l’intérêt du contenu, ils concluent que les journaux ont effectivement traité des questions de fond. Somme toute, les journalistes ont accordé beaucoup plus d’espace aux vrais débats qu’aux variations des sondages ou aux tribulations de la campagne. Leur couverture n’était pas non plus unidimensionnelle puisqu’ils ont abordé, au-delà de la responsabilité gouvernementale, de nombreuses questions comme l’unité nationale, la criminalité et la fiscalité. On notera surtout que le retrait des thèmes de la corruption et de l’imputabilité, notamment entre les deuxième et quatrième semaines de la campagne, a coïncidé dans la couverture médiatique avec un virage favorable aux conservateurs. L’accent mis par la presse sur les véritables enjeux politiques semble donc avoir exercé une réelle influence sur les résultats du scrutin. « The Liberals reap what they sow: why their negative ads failed » par Jonathan Rose L’argument des intentions cachées de Stephen Harper avait fonctionné en 2004, en raison des impairs de la campagne conservatrice. Mais en 2006, les attaques des libéraux se sont retournées contre eux et les ont ridiculisés parce que le terrible Harper qu’ils dénonçaient brillait par son absence. Le chef conservateur s’est en effet immunisé contre toute diabolisation en manifestant une assurance paisible lors du dévoilement de son programme en première moitié de campagne. Et quand les libéraux ont lancé le 10 janvier leurs publicités négatives, notamment leur dérisoire message montrant des soldats envahissant nos rues, il était trop tard pour le dépeindre sous des traits menaçants. Les 9 et 10 janvier, il remportait les débats télévisés sans se départir de son calme. Jonathan Rose analyse les publicités négatives des libéraux, des conservateurs et des néo-démocrates, explique pourquoi certaines ont mieux fonctionné que d’autres et formule des recommandations pour assainir les pratiques en la matière. « Oui, la publicité électorale a un impact ! » par John Parisella Pour un parti politique, de nombreux facteurs jouent un rôle central dans le bon déroulement d’une campagne électorale et la publicité est un de ces éléments les plus visibles. Cette publicité a-t-elle un impact réel ? Permet-elle véritablement aux partis politiques de rejoindre l’électeur et de l’influencer ? Le président de BCP, John Parisella, analyse les campagnes publicitaires des quatre grands partis et conclut que, quand elle est bien arrimée aux engagements et aux thèmes de la campagne électorale, « la publicité donne l’impulsion nécessaire pour des résultats électoraux probants ». Les conservateurs, dit-il, ont particulièrement bien réussi à ce chapitre en 2006. « 2006 - year of the blog » par John Bowman La campagne de 2006 s’est signalée par l’émergence du blogging dans la vie politique canadienne. Les blogueurs ont pullulé, qu’il s’agisse de spécialistes comme Paul Wells et Andrew Coyne, d’amateurs aux noms bizarres, d’anonymes aspirant à la gloire ou d’inconnus férus d’anonymat. Car quiconque possède un site Web peut aujourd’hui se transformer en petit roi des médias. Ainsi les blogueurs ont-ils lancé quelques scoops, même si leurs faits nécessitaient parfois d’être mieux vérifiés. Ils ont notamment révélé que Mike Klander avait bêtement affiché des commentaires injurieux sur son propre blogue, mettant une fois de plus les libéraux dans l’embarras. Ils faisaient aussi de fréquentes mises au point, tâche autrefois réservée aux journalistes de campagne et aux salles de nouvelles. John Bowman, qui a enquêté sur le sujet pour l’émission « The National » de la CBC, analyse le rôle des blogues et leur influence sur la campagne. « D'une minorité à l'autre : chronique d'une campagne en forme de renversement » par Jean Paré Début novembre, Options politiques a invité Jean Paré, ex-rédacteur en chef de L’Actualité, à tenir un « journal de campagne », en prévision des élections fédérales qui s’annonçaient. Parfois railleur, souvent mordant, il commente ici les aléas de cette longue campagne électorale, et ébranle au passage quelques idées préconçues. « A loss for Liberals, not liberalism » par Patrick Gossage [sommaire non disponible] « Canada's new and dangerous mission in Afghanistan » par Sean M. Maloney Le Canada est militairement engagé en Afghanistan depuis 2001. Après avoir détruit le « bouclier » des talibans qui protégeait al-Qaida et démantelé l’infrastructure terroriste mondiale, les forces de la coalition se sont attachées à développer les capacités nécessaires à l’Afghanistan pour éliminer les vestiges du régime des talibans soutenus par le réseau d’al-Qaida. Unique en son genre, la récente série d’engagements de nos Forces armées combine opérations « cinétiques » (militaires) et « non cinétiques » (partenariats de reconstruction avec d’autres agences gouvernementales canadiennes) en appui à ce vaste effort international. « Le défi de la diversité » par Marie Bernard-Meunier L’automne dernier, plusieurs villes françaises étaient secouées par une série d’émeutes mettant aux prises de jeunes Français défavorisés issus de l’immigration. Ex-ambassadrice du Canada en Allemagne, aux Pays-Bas et à l’UNESCO, Marie Bernard-Meunier explore quelques-uns des principaux enjeux liés à cette crise, notamment les forces et les faiblesses de différents modèles d’intégration. « En Europe, dit-elle, le débat reste très focalisé sur la question de l’intégration des immigrants alors que la vraie question aujourd’hui est de savoir comment gérer une société de plus en plus diversifiée. » S’il vaut mieux être immigrant au Canada qu’en Europe, conclut-elle, la vigilance demeure de rigueur car « sur le chemin difficile de l’acceptation de la différence, aucun progrès, hélas ! n’est irréversible. » « Au tour de Stephen Harper » par Alain Noël [sommaire non disponible] |