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« The new Iraq: a fraught but worthy adventure in nation-building » par Bob Rae Sauf pour d’occasionnelles lueurs de changement, les nouvelles de l’Irak qui parviennent en Amérique du Nord semblent non seulement funestes et négatives mais carrément désespérantes. Selon l’ancien premier ministre ontarien Bob Rae, qui agit à titre de conseiller constitutionnel du Parlement irakien, tout n’est cependant pas si sombre : « En dépit des violences qui sévissent dans ce pays ravagé par la guerre, de réels progrès sont accomplis. » La construction d’un État irakien stable et sécurisé répond aux intérêts de tous les pays, y compris le nôtre, rappelle-t-il. « Toute instabilité profonde, où qu’elle se produise, est une menace à la sécurité du Canada ». Car il n’existe plus de « pays éloigné dont nous ignorons presque tout », conclut l’auteur en empruntant à l’expression malencontreuse de Neville Chamberlain en 1938. « The thin line between protecting citizens and protecting the state » par Robin V. Sears Dans ce monde de l’après-11 septembre 2001, les démocraties libérales sont confrontées au dilemme d’assurer à la fois la sécurité de leurs citoyens et les droits de ceux-ci en tant que tels. Ainsi la réponse musclée du gouvernement Blair aux attentats de Londres a-t-elle suscité un vrai malaise chez de nombreux sociauxdémocrates. De son côté, le gouvernement canadien a réagi à ces nouvelles réalités de façon singulièrement inadéquate, que ce soit dans le soutien qu’il a apporté aux Américains dans leur « guerre au terrorisme » ou l’abandon de citoyens canadiens comme Mahar Arar, torturé en Syrie après avoir été déporté des États-Unis, où il était de passage, sans même avoir été avisé de ses droits consulaires. Selon Robin Sears, cette incapacité du Canada d’assurer à tous une citoyenneté égale en cette ère de la Charte des droits ne remonte pas aux événements du 11 septembre mais au désastre d’Air India en juin 1985, qui a incité « de nombreux Canadiens d’origine indienne et sikh à se demander publiquement quelle aurait été la réaction » de leur gouvernement « si les victimes de cet attentat avaient eu la peau blanche ». « Getting religion on softwood lumber: a biblical test of the rule of law » par Carl Grenier Dans le conflit du bois d’œuvre, le Canada a suivi une stratégie à deux voies, d’une part le litige, d’autre part les négociations, écrit le président du Conseil du libreéchange pour le bois d’œuvre. Mais à ce jour, ni l’une ni l’autre n’ont produit de résultat positif. La première voie a déraillé le 10 août 2005, quand les États-Unis ont refusé de se conformer à la décision du groupe spécial de l’ALENA chargé des droits compensateurs. « Nous croyions que la première voie renforcerait notre pouvoir de négociation, observe Carl Grenier, mais que la seconde serait notre planche de salut. » Que faire, maintenant ? Le Canada devrait vivement inciter les États-Unis à honorer leurs obligations conventionnelles, car « c’est la règle de droit qui est ici mise à l’épreuve ». « The worst is yet to come: hurricanes and global warming » par Gordon McBean L’information continue et l’Internet nous ont tous transformés en témoins sinon en victimes de toutes les catastrophes naturelles de la planète. Du tsunami survenu en Asie du Sud-Est en décembre dernier à l’ouragan Katrina de cet automne, l’année qui s’achève a été fertile en désastres qui ont toutefois révélé chez les gens d’étonnantes réserves d’empathie. En scrutant les visages défaits des victimes de l’ouragan Katrina, nous avons tous compris que leur drame aurait pu être le nôtre. Et comme l’écrit Gordon McBean, de l’Université Western Ontario, c’est ce qui arrivera si la progression des changements climatiques se maintient : ces catastrophes que nous observons aujourd’hui à distance frapperont tôt ou tard le Canada de plein fouet. « The politics of climate change at the Montreal conference: high stakes for the Martin government, the Kyoto Protocol and the future of the planet » par Elizabeth May Depuis sa création en 1997 jusqu’à sa mise en œuvre cette année même, le Protocole de Kyoto a été critiqué par certains présidents américains pour sa naïveté et sa difficulté d’application, tout en étant louangé par les écologistes comme un rare exemple de coopération internationale. Mais pour la directrice du Sierra Club du Canada, Elizabeth May, son avenir dépendra surtout des progrès accomplis lors de la Conférence de Montréal sur les changements climatiques, dont le gouvernement hôte appréciera le répit qu’elle lui accorde en pleine tourmente préélectorale mais qui devra aussi s’expliquer sur les cibles de Kyoto qu’il tarde luimême à respecter. « Adapt and thrive: options for reducing the climate-change adaptation deficit » par Ian Burton Un des enjeux importants découlant des changements climatiques tient dans la capacité d’adaptation plus ou moins grande des populations les plus touchées — essentiellement regroupées dans les pays pauvres — surtout à la suite d’une catastrophe. Et pour Ian Burton, grand spécialiste de la question et l’un des principaux auteurs du Quatrième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat, à paraître en 2007, cette capacité d’adaptation risque de s’amenuiser considérablement à mesure que les changements gagnent en ampleur. « Une sombre perspective », note l’auteur, pour qui la réflexion sur l’adaptabilité est étroitement liée à l’analyse des changements climatiques, dont on reconnaît enfin qu’ils soulèvent un problème d’équité et de pauvreté. Le temps presse et tous les gouvernements ont beaucoup de pain sur la planche, y compris celui du Canada. « Federalism and capital markets in Canada and the US: financing infrastructure in the wake of Hurricane Katrina » par W. Bartley Hildreth Au-delà de la catastrophe naturelle qu’il a causée, l’ouragan Katrina a financièrement dévasté La Nouvelle-Orléans et la côte du golfe du Mexique. L’effort de reconstruction, qui sera coordonné par les gouvernements de l’État et du pays, sera toutefois financé grâce aux marchés de capitaux. « Ces marchés peuvent compléter le fédéralisme », écrit Bartley Hildreth, professeur invité à la chaire Fulbright de l’Université McGill. L’un des avantages clés des marchés de la dette réside dans la circonspection de ces institutions de risque, moins susceptibles de souscrire à des plans et des projets douteux que le sont les politiciens du sommet de la hiérarchie fédérale. L’auteur examine les programmes et les relations financières qui unissent les gouvernements fédéraux américains et canadiens aux « gouvernement sousnationaux », estimant que nos deux pays pourraient apprendre l’un de l’autre. « Les citoyens de part et d’autre de notre frontière ont été bouleversés par la désintégration de La Nouvelle-Orléans et de ses infrastructures, conclut-il. Et comme partout ailleurs où des problèmes d’infrastructure se sont posés, la solution nécessitera vraisemblablement une combinaison de fédéralisme et de marchés financiers. » « Science et politique des changements climatiques : décider dans un climat incertain » par Louis Guay « Pour qu’une décision politique puisse être prise, il faut un certain consensus; pour que la science progresse et aide à la prise de décision, il faut que les scientifiques aient réduit l’incertitude qui marque les avancées de la science » écrit Louis Guay. Il examine ici les rapports parfois tendus, parfois plus sereins entre ces deux milieux relativement au problème du changement climatique, la façon dont les différents acteurs impliqués dans cette controverse se positionnent par rapport à l’un et à l’autre, ainsi que les fondements éthiques des stratégies préconisées par chacun pour faire face aux changements climatiques. « Hope for the best and prepare for the worst: how Canada's insurers stay a step ahead of climate change » par Paul Kovacs À mesure qu’ont augmenté l’incidence et la gravité des phénomènes météorologiques, les compagnies d’assurance ont vu s’accroître leurs coûts et ont été propulsées malgré elles à l’avant-plan de la recherche sur les changements climatiques et l’adaptation au climat. Le Canada est lui-même à l’avant-plan de ce champ de recherche en plein essor, par le biais notamment de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques basé à l’Université Western Ontario. Mais comme l’écrit son directeur Paul Kovacs, les dépenses gouvernementales visant à renforcer les infrastructures en cas de désastres comme celui de l’ouragan Katrina ont radicalement baissé alors même qu’augmentaient les probabilités de telles catastrophes. De sorte que le secteur de l’assurance, l’industrie qui a le plus à perdre, a fait de l’innovation et de la préparation ses priorités absolues. « Huffing and puffing and blowing it down: how to make houses that will survive a Katrina » par Gregory A. Kopp et F. Michael Bartlett Les reportages sur les catastrophes naturelles montrent inévitablement des habitations qui semblent ravagées selon une sorte de mathématique arbitraire, certaines maisons anéanties en avoisinant d’autres qui paraissent intactes. Or cette impression relève moins des caprices des éléments, écrivent Gregory Kopp et Michael Bartlett, que des normes de conception des bâtiments. À l’aide de véritables exemples étudiés dans le sillage des ouragans Katrina et Dennis, ils préconisent l’élaboration de codes de construction plus rigoureux et offrent un aperçu des travaux prévus à l’Université Western Ontario, dans des installations d’essais uniques. « After the storm: pathologies of decision-making in New Orleans » par Ray Taras Professeur canadien de science politique à l’Université de Tulane, à la Nouvelle- Orléans, Ray Taras a pu observer depuis la zone dévastée par l’ouragan Katrina comment se sont prises les décisions d’urgence : « Le syndrome de stress posttraumatique qui a frappé des leaders généralement compétents, combiné à l’inconscience des représentants généralement incompétents de l’administration Bush, a provoqué des centaines de morts inutiles, des dizaines de milliers de tragédies personnelles et des milliards de dollars en dommages matériels. » Parler de la reconstruction de la Nouvelle-Orléans, conclut l’auteur, c’est chaque fois parler d’inégalités raciales toujours aussi manifestes, même pour le moins attentif des visiteurs. « The incredible shrinking sea ice » par David Barber, Louis Fortier, et Michael Byers Dans The Day After Tomorrow, la fonte de la calotte glaciaire provoque un raz-demarée sans précédent qui engloutit notamment la statue de la liberté. Certes moins catastrophiques, les prédictions que font ici David Barber, Louis Fortier et Michael Byers n’en donnent pas moins froid dans le dos. S’appuyant sur des observations scientifiques, ils inventorient les répercussions écologiques, économiques et politiques des changements du climat polaire et brossent de ses conséquences un tableau franchement alarmant. « Canadian Charter equality at 20: reflections of a card-carrying member of the Court Party » par Martha Jackman À l’occasion du 20e anniversaire des clauses sur l’égalité des droits de la Charte des droits et libertés, Martha Jackman a voulu établir si les litiges fondés sur la Charte avaient favorisé la réduction des inégalités : le bilan est pour le moins mitigé, conclut-elle. Loin de saper notre démocratie, la Charte offre un moyen important et légitime de s’attaquer aux inégalités sociales. Mais les plaignants à faibles revenus ont connu des succès limités en raison de présomptions diverses, dont celles voulant que les politiques sociales ne relèvent pas des tribunaux et que l’État se montre neutre vis-à-vis ses citoyens peu fortunés. Tout bien considéré, le lien entre droits et démocratie est bien plus subtil que ne le prétendent les détracteurs de la Charte, affirme Jackman. Selon elle, qui la vraie question n’est pas de savoir si celle-ci et le « Parti des tribunaux » sapent notre démocratie mais bien d’établir comment l'égalité des droits peut éclairer et favoriser le renforcement des valeurs qui fondent notre système démocratique. « The trading dragon: boosting Canada's transportation infrastructure to accommodate the new China syndrome » par Christopher Jones L’émergence de la Chine comme superpuissance économique et commerçante réclame l’adoption de nouvelles stratégies commerciale mais aussi de gestion des volumes de biens qui entrent au Canada, en sortent et le traversent en nombre croissant. « Tandis que les grossistes canadiens tentent de saisir le maximum d’occasions en Chine, note Christopher Jones, de l’Association des chemins de fer du Canada, les exportations chinoises sont déversées sur nos côtes à plein conteneurs. Le Canada, qui ne compte que pour 1 p. 100 du commerce d’exportation de la Chine, s’efforce donc d’atténuer les tensions et contraintes imposées par le récent afflux de ces marchandises. » L’auteur propose ici un plan pour la prochaine étape. « High noon in Hong Kong: will the WTO's rich and poor bridge the gap? » par Dean Foster Comme celles du GATT qui les ont précédées, les réunions ministérielles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) étaient réputées à leurs débuts pour la tiédeur de leur café, leurs intrigues d’ascenseur et leurs interminables débats sur les subventions agricoles. Mais depuis celle de Seattle en 1999, interrompue par de violentes manifestations antimondialisation, ces réunions de l’OMC sont désormais connues pour leurs strictes mesures de sécurité, leurs cocktails Molotov et... leurs interminables débats sur les subventions agricoles. Selon Dean Foster, de la Norman Paterson School de l’Université de Carleton, l’essentiel des pressions en faveur de progrès tangibles dans le cadre du Programme de Doha pour le développement, qui sera étudié le mois prochain à la réunion ministérielle de Hong-Kong, sera cette fois exercé de l’intérieur des barricades par les pays en développement membres de l’OMC. « Tinkering and spreading the blame: how the first Gomery report let Quebecers down » par Alain-G. Gagnon et Raffaele Iacovino Pour la plupart des Canadiens, le scandale des commandites est synonyme d’appât du gain et d’abus de pouvoir. Mais ses répercussions et la commission qui les a révélées suscitent chez les Québécois un avis beaucoup plus partagé. « La commission Gomery n’a guère comblé les lacunes fondamentales de l’approche appliquée par Ottawa dans ses relations avec le Québec », notent Alain-G.Gagnon et Raffaele Iacovino, de l’Université du Québec à Montréal. Si ce scandale a révélé que, pour certains, « le mécontentement des Québécois était si superficiel qu’il suffisait pour le calmer des puériles flatteries d’une campagne publicitaire aux couleurs vives et aux slogans choc », écrivent les auteurs, il faudra plus qu’un juge Gomery pour réparer les dégâts. « Lucide.com vs Solidaire.org » par Alain Noël [sommaire non disponible] |